avril 2009

Archive mensuelle

JE SUIS VENU VERS TOI….. ( ELSA )

Créé par le 22 avr 2009 | Dans : Louis Aragon, Poèmes

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Je suis venu vers toi comme va le fleuve à la mer
J’ai sacrifié d’un coup mon cours et mes montagnes
J’ai quitté tout pour toi mes amis mon enfance
Chaque goutte d’eau de ma vie a pris le sel de ton immensité
Ton soleil a dissipé mon folklore
Tu règnes sur mon sang mon rêves mes démences
Je t’ai donné ma mémoire comme une boucle de cheveux
Je ne dors plus que dans tes neiges
J’ai débordé mon lit chassé mes fées marraines
J’ai renoncé depuis longtemps à mes légendes
Où sont Rimbaud Cros et Ducasse
Valmore qui pleure à minuit
La corde Nerval a cassé
Et la balle qui traverse Lermontov a passé par mon coeur
Divisé par tes pas
Dispersé par ton geste
Comme un grand vent amoureux d’une forêt
Je suis la poussière qu’on chasse au matin de la maison
Et qui revient patiente invisiblement tout le long du jour
Le lierre qui croit sans qu’on le remarque
Jusqu’à ce qu’on le mutile dans sa fidélité
Je suis la pierre usée à force que tu passes
La chaise qui t’attend à l’endroit familier
La vitre où ton front brûle à regarder le vide
Le roman de deux sous qui ne parle qu’à toi
Une lettre ouverte publiée avant d’être lue
La phrase interrompue à qui revenir est sans importance
Le frémissement des chambres traversées
Le parfum derrière toi que tu laisses
Et quand tu sors je suis malheureux comme ton miroir

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Louis ARAGON

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 » Eh bien, je vous le dis, au-delà de ce qui est l’évidence et peut paraître indécent dans la poésie par laquelle je m’adresse à Elsa, je parle d’elle, je parle pour elle, cette poésie entre nous a des prolongements autres, et je ne ferai rien pour qu’on les découvre.  » dans Aragon parle ( entretien avec Dominique Arban )

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SAVEZ-VOUS PAS…

Créé par le 09 avr 2009 | Dans : Louis BOUILHET, Poèmes

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Savez-vous pas quelque douce retraite,
Au fond des bois, un lac au flot vermeil,
Où des palmiers la grande feuille arrête
Les bruits du monde et les traits du soleil
- Oh ! je voudrais, loin de nos vieilles villes,
Par la savane aux ondoyants cheveux,
Suivre, en rêvant, les écureuils agiles,
Et voir sauter, sur les branches mobiles,
L’ara de pourpre et les bengalis bleus !


Savez-vous pas, sur les plages lointaines
Où n’ont jamais passé les matelots,
Une île heureuse aux suaves haleines,
Bouquet de fleurs effeuillé sur les flots ?
- Oh ! je voudrais, seul avec ma pensée,
Jetant au vent la poussière des jours,
Sentir mon âme aux vagues balancée,
Et m’endormir sur l’onde cadencée
Comme un enfant que l’on berce toujours !

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Savez-vous pas, loin de la froide terre,
Là-haut ! là-haut ! dans les plis du ciel bleu,
Un astre d’or, un monde solitaire
Roulant en paix sous le souffle de Dieu ?
- Oh ! je voudrais une planète blonde,
Des cieux nouveaux, d’étranges régions,
Où l’on entend, ainsi qu’un vent sur l’onde,
Glisser la nuit, sous la voûte profonde,
Le char brillant de constellations !

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Où fuir ? où fuir ? Par les routes humaines
Le sable est dur et le soleil est lourd.
Ma bouche ardente a tari les fontaines
Et l’arbre est mort où j’ai cueilli l’amour.
- Oh ! je voudrais, loin du temps et des choses,
Débarrassé de tout lien charnel,
Courir joyeux dans les métamorphoses,
Puis me plonger à la source des causes,
Où l’Infini flotte dans l’Éternel !

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Louis BOUILHET
( 1821 – 1869 )

S’IL L’AVAIT SU

Créé par le 07 avr 2009 | Dans : Marceline Desordes-Valmore, Poèmes

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S’il avait su quelle âme il a blessée,
Larmes du coeur, s’il avait pu vous voir,
Ah ! si ce coeur, trop plein de sa pensée,
De l’exprimer eût gardé le pouvoir,
Changer ainsi n’eût pas été possible ;
Fier de nourrir l’espoir qu’il a déçu :
A tant d’amour il eût été sensible,
S’il avait su.
.

S’il avait su tout ce qu’on peut attendre
D’une âme simple, ardente et sans détour,
Il eût voulu la mienne pour l’entendre,
Comme il l’inspire, il eût connu l’amour.
Mes yeux baissés recelaient cette flamme ;
Dans leur pudeur n’a-t-il rien aperçu ?
Un tel secret valait toute son âme,
S’il l’avait su.
.

Si j’avais su, moi-même, à quel empire
On s’abandonne en regardant ses yeux,
Sans le chercher comme l’air qu’on respire,
J’aurais porté mes jours sous d’autres cieux.
Il est trop tard pour renouer ma vie,
Ma vie était un doux espoir déçu.
Diras-tu pas, toi qui me l’as ravie,
Si j’avais su !
.
Marceline DESBORDES-VALMORE 
                  ( 1786 – 1859 )

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